
Ils sont nombreux à chercher un plan B à cause du climat politique aux États-Unis...
Depuis qu'une modification législative adoptée en décembre par le gouvernement fédéral permet à toute personne ayant un ancêtre canadien de revendiquer la citoyenneté, un phénomène sans précédent se déroule au Québec.
Des milliers de citoyens américains se lancent dans une quête généalogique effrénée, espérant retrouver la trace d'un aïeul né en sol québécois. Les archives nationales sont submergées de requêtes, et le mouvement ne montre aucun signe d'essoufflement.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a enregistré environ 1 500 demandes de documents provenant des États-Unis pour le seul mois de février, soit une explosion de 1 400 % comparativement à la même période l'année précédente.
L'archiviste Hyacinthe Munger reconnaît que l'institution s'attendait à une hausse, mais pas d'une telle ampleur. « On pensait aussi que ça finirait par diminuer, mais les demandes continuent d'affluer», confie-t-il.
Pour nombre de ces Américains, la démarche est directement liée à l'inquiétude provoquée par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Laura Mishra, résidente de la banlieue de Raleigh en Caroline du Nord, fait partie de ces citoyens qui voient dans cette nouvelle loi une bouée de sauvetage potentielle. Son grand-père est né à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, en 1915, avant d'émigrer aux États-Unis dans les années 1930.
Opposante déclarée à l'administration Trump, elle souligne que son époux est un immigrant d'origine indienne et que l'un de ses enfants appartient à la communauté LGBTQ, des groupes qu'elle estime particulièrement visés par les politiques actuelles.
Tous les membres admissibles de sa famille — sa mère, ses enfants et ses petits-enfants — comptent également entamer les démarches pour obtenir la citoyenneté canadienne. «Si je devais choisir un endroit où m'installer dans le monde, ce serait le Canada», affirme-t-elle.
Ce sentiment est largement partagé.
L'avocate en immigration Florence Beaulieu-Lavoie rapporte avoir reçu une soixantaine de demandes depuis décembre. Selon elle, la plupart de ces Américains ne prévoient pas nécessairement de déménager immédiatement, mais souhaitent se ménager une option de repli. «Ils se sentent plus en sécurité à l'idée d'avoir un plan B», résume-t-elle.
L'ampleur du phénomène pourrait être bien plus considérable que ce que laissent entrevoir les chiffres actuels.
Claire-Marie Brisson, professeure d'études francophones à l'Université Harvard, estime que le nombre d'Américains potentiellement admissibles se chiffre probablement en millions. Elle rappelle qu'entre 1840 et 1930, près d'un million de Canadiens français ont traversé la frontière pour s'établir aux États-Unis, principalement en Nouvelle-Angleterre et dans la région des Grands Lacs.
La grande majorité de ces migrants provenaient du Québec, plus précisément des régions de la Mauricie, du Centre-du-Québec, de la Beauce et de l'Estrie. Cela explique pourquoi BAnQ se retrouve au cœur de cette ruée généalogique. Cependant, obtenir la citoyenneté n'est pas automatique : les demandeurs doivent réunir suffisamment de preuves documentaires pour établir leur filiation avec un ancêtre canadien.
Face à cet afflux, BAnQ a dû procéder à des ajustements majeurs.
Les frais fixes pour les demandes américaines ont été portés à 350 dollars, un montant supérieur à ce qui était exigé auparavant. Cette augmentation sert notamment à financer le recrutement de personnel supplémentaire, qui constituera une équipe entièrement consacrée au traitement de ces dossiers.
Malgré ces efforts, des retards persistent, car chaque document doit être authentifié avec le sceau officiel avant d'être expédié.
Enfin, fait notable, malgré cette vague de recherches généalogiques, Ottawa n'a pas encore constaté de hausse significative des demandes formelles de preuve de citoyenneté.
Recevez les dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception.
Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.