
« Des cris du cœur d’entrepreneurs à tous les jours »
Un an après le retour des libéraux au pouvoir à Ottawa, force est de constater que la stratégie commerciale de Mark Carney face à l'administration Trump ne produit pas les résultats escomptés. Non seulement aucune entente n'a été conclue avec Washington, mais la pression tarifaire sur l'économie canadienne s'intensifie de semaine en semaine.
Le Québec, avec son tissu industriel fortement tourné vers l'exportation, subit de plein fouet cette escalade.
Au début du mois d'avril, Washington a procédé à une modification majeure de sa politique commerciale concernant les produits contenant des métaux. Le droit de douane sur les composantes métalliques dans les produits finis est passé de 50 % à 25 %, mais avec un changement fondamental : il s'applique désormais sur la valeur totale du produit, et non plus uniquement sur la portion d'aluminium, d'acier ou de cuivre qu'il contient.
Concrètement, pour un produit valant 10 000 dollars et composé à 20 % de métal, la facture tarifaire est passée de 1 000 dollars (50 % appliqué sur 2 000 dollars de contenu métallique) à 2 500 dollars (25 % sur la valeur complète de 10 000 dollars). Cette mécanique représente dans les faits une hausse considérable du fardeau pour les exportateurs.
L'entreprise BRP, basée à Valcourt et reconnue pour ses motoneiges, motomarines et véhicules tout-terrain, illustre parfaitement l'ampleur du choc. La société a révélé que le coût tarifaire pourrait dépasser les 500 millions de dollars d'ici la fin de l'année, ce qui l'a contrainte à retirer ses prévisions financières pour 2027. Son titre boursier a chuté du quart de sa valeur en un seul mois.
Selon les économistes de Desjardins, le taux effectif moyen de tarifs douaniers au Québec est passé d'un peu plus de 5 % en juillet 2025 à 9 % actuellement. Ce chiffre pourrait encore grimper, puisqu'un calendrier d'implantation progressive du nouveau droit de 25 % est prévu selon les secteurs. À l'échelle canadienne, ce taux se situe à 4,2 %, ce qui place le Québec bien au-dessus de la moyenne nationale.
La proportion des exportations québécoises soumises à des droits de douane a bondi de 17,4 % à 24,2 % depuis le 6 avril. Près du quart des produits envoyés aux États-Unis sont donc désormais frappés par une forme ou une autre de tarif, que ce soit sur les métaux primaires, les produits manufacturés ou le bois d'œuvre. Certaines exceptions persistent toutefois, notamment pour le secteur aéronautique, les équipements sportifs et certains intrants destinés aux centres de données.
Quatre grandes catégories de produits québécois sont particulièrement touchées depuis le début de 2025 : l'aluminium, le bois, les camions et les autobus, représentant environ 9 % des exportations de la province. Les régions de Chaudière-Appalaches et du Centre-du-Québec, où se concentrent de nombreuses industries manufacturières, sont jugées les plus vulnérables.
La fermeture récente de l'usine Bestar à Lac-Mégantic témoigne de cette réalité. La PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Julie White, a déclaré que de nombreuses entreprises traversent des difficultés majeures et que des entrepreneurs lancent quotidiennement des appels à l'aide.
Face à cette situation, Ottawa a dévoilé en début de semaine un programme de soutien de 1,5 milliard de dollars destiné aux PME pour atténuer les effets des tarifs. Les organisations représentant les petites et moyennes entreprises jugent toutefois cette aide insuffisante.
Un point positif émerge néanmoins : le Canada a réussi à diversifier partiellement ses marchés d'exportation.
Les ventes vers des pays autres que les États-Unis sont passées de 18 milliards à 24,3 milliards de dollars entre mars 2025 et mars 2026, faisant reculer la part américaine de 73 % à 66,7 %.
Dans le secteur de l'aluminium, une reprise des exportations vers les États-Unis s'observe même depuis quelques semaines, en raison des difficultés d'approvisionnement américaines liées au blocage du détroit d'Ormuz.
Malgré ces lueurs d'espoir, la situation globale demeure préoccupante.
Douze mois après les élections, le gouvernement fédéral a dû réviser à la baisse ses prévisions économiques et ne laisse entrevoir aucune percée sur le front des négociations commerciales, tandis que Washington multiplie les menaces concernant l'avenir de l'ACEUM.
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À propos de l'auteur
Rédacteur
Il travaille dans le domaine des communications depuis plus d'une dizaine d'années, en plus d'être passionné par tout ce qui concerne les actualités. Autant intéressé par les fluctuations de l'économie que par les histoires loufoques et insolites, sa curiosité fait en sorte qu'il ne s'ennuie jamais.
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