
Semaine mouvementée pour l'ancienne députée conservatrice...
Alors que le congrès libéral s'ouvre à Montréal, Mark Carney espérait sans doute frapper un grand coup en dévoilant sa plus récente recrue transfuge issue des rangs conservateurs. Or, le ralliement de la députée ontarienne Marilyn Gladu, connue pour son soutien indéfectible au convoi de la liberté, s'apparente davantage à une source d'embarras qu'à un triomphe politique.
Contrairement aux précédents passages de conservateurs vers le camp libéral, celui de Marilyn Gladu est accueilli avec une bonne dose de scepticisme, y compris au sein même du caucus de Carney.
Le premier ministre a présenté cette adhésion comme un témoignage de l'ouverture de son parti envers des personnes aux parcours et aux opinions variées, toutes unies par la volonté de protéger les intérêts du pays. Pourtant, le profil politique de Mme Gladu cadre difficilement avec les valeurs traditionnellement défendues par les libéraux.
Élue sous la bannière du Parti conservateur depuis 2015, Marilyn Gladu s'est fait remarquer par sa défense vigoureuse des camionneurs qui ont paralysé Ottawa pendant la crise sanitaire liée à la COVID-19. Il y a tout juste deux semaines, elle reprochait encore au gouvernement libéral d'avoir bafoué les libertés des manifestants en invoquant la Loi sur les mesures d'urgence.
Son bilan parlementaire révèle d'autres positions difficilement conciliables avec la ligne du parti qu'elle rejoint aujourd'hui.
Elle s'est notamment opposée à la légalisation du cannabis ainsi qu'à l'interdiction des thérapies dites de conversion visant à modifier l'orientation sexuelle. Par ailleurs, des organisations militant contre le droit à l'avortement la considèrent comme une alliée, même si elle ne s'est pas explicitement prononcée contre l'interruption volontaire de grossesse. Plus ironique encore, en janvier dernier, elle félicitait publiquement un collègue conservateur qui avait décliné une invitation similaire des libéraux.
Face à ces contradictions apparentes, la ministre de la Santé Marjorie Michel a tenté de calmer le jeu en affirmant que «les gens évoluent» et que le parti demeure «toujours à l'écoute». Toutefois, en l'absence d'un véritable mea culpa de la part de Mme Gladu sur ses positions passées, de nombreux députés libéraux continuent de s'interroger sur sa présence dans leurs rangs.
L'hypothèse d'un opportunisme réciproque — la députée cherchant à préserver sa carrière, le parti cherchant à gonfler ses effectifs — semble la plus plausible aux yeux de plusieurs observateurs.
Derrière ce recrutement controversé se cache un calcul arithmétique implacable.
Marilyn Gladu est la cinquième transfuge à rejoindre les libéraux — quatre anciens conservateurs et un néo-démocrate ayant déjà fait le saut. Avec désormais 171 sièges, le parti de Mark Carney ne se trouve plus qu'à une seule circonscription du seuil magique de 172, synonyme de majorité parlementaire.
Le calendrier joue également en faveur du premier ministre : trois élections partielles sont prévues dès lundi prochain. Deux d'entre elles se déroulent dans des bastions libéraux de Toronto, tandis que la troisième, à Terrebonne, oppose les libéraux au Bloc québécois dans une bataille serrée. Une victoire dans au moins l'une de ces courses offrirait à Carney la majorité tant convoitée.
Il faut reconnaître que le premier ministre accomplit une manœuvre politique remarquable en attirant des élus de différentes formations qui acceptent de faire front commun dans un contexte mondial tendu. Néanmoins, avec le recrutement de Mme Gladu, l'impression qui se dégage est celle d'un dirigeant prêt à tout pour consolider son pouvoir, quitte à accueillir des voix fondamentalement incompatibles avec l'identité de son parti.
Ce genre de calcul, s'il peut s'avérer payant à court terme sur le plan parlementaire, risque aussi d'alimenter le cynisme d'une partie de l'électorat envers la classe politique.
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